Les "styles" du vin de Bandol


Même si les fondements de l'appellation mettent haut la barre au niveau qualitatif, tous les Bandols ne sont pas d'égale qualité : il y a des bons et des mauvais Bandol. Les mauvais Bandol n'ont pas de style, sinon leur caractère insipide, leur absence d'expression.

Le style des bons Bandol est assez varié. Cette diversité de style résulte du terroir , mais aussi des partis-pris de chaque vigneron et de son savoir faire à chaque étape du cycle d'élaboration du vin, qui en font le caractère et la personnalité. Des débats sans fin ... Voici quelques facteurs clés du style d'un vin de bandol.


Le style d'un vin dépend évidemment du terroir. Les marnes sableuses de l'est de l'appellation (Sainte Anne D'Evenos, Val d'Arenc) donnent des vins rouges plus aimables dans leur jeunesse, de garde plus limitée que les les vins provenant des sols argilaux calcaires.

Les méthodes de culture de la vigne :

Type de portegreffes utilisés : il s'agit là pour le consommateur d'un des "secrets de fabrication" les moins connus, mais l'influence du choix sur les rendements et le caractère du vin est considérée comme notable;

Sélection "massale" ou sélection "clonale" des vignes ?: la tendance est aujourd'hui au retour à la sélection "massale" même si dans un passé récent, même dans les meilleures propriétés, la sélection clonale (solution de facilité) a été expérimentée.

Culture naturelle / lutte raisonnée contre les maladies de la vigne versus emploi d'engrais et produits chimiques ? : les meilleurs producteurs tendent tous vers le "bio" (dans l'esprit, sinon dans la lettre) et font du caractère "naturel" de leur vin un argument de vente

Taille de la vigne en gobelet/ taille en palissage : la taille en gobelet, qui convient bien à la morphologie du Mourvèdre est très généralement répandue à Bandol. La taille en pallisage, souvent rendue nécessaire par l'utilisation de machines à vendanger, n'est pas techniquement nécessaire à Bandol. Quelques rares viticulteurs la pratiquent néanmoins pour une meilleure exposition des grappes au soleil. Les détracteurs parlent de "surexposition" néfaste à la qualité finale du vin.

Vendanges vertes ou non ? Les vendanges vertes sont fréquemment pratiquées sur l'appellation. Cette problématique n'est pas sans rapport avec les porte-greffes utilisés, plus ou moins productifs. Certains vignerons considèrent la pratique des vendanges vertes comme un pis aller: l'incapacité à parvenir à des rendements acceptables, par des choix de culture plus en amont : porte-greffe, tailles, ...

Les vendanges et la vinification :

L'état sanitaire et la plus ou moins bonne maturité des raisins à la vendange: la météorologie de l'année en cours est le facteur déterminant : vinifier avec des raisins insuffisamment mûrs à la récolte 98 relevait de l'incapacité notoire, le danger étant plutôt la surmaturité avec les risques de lourdeur et de déséquilibre du vin, d'inaptitude au vieillissement. Par contre, la climatologie de 1996 a conduit à une récolte difficile, qui n'a pas empêché des vins de grande finesse, lorsque des tries très rigoureuses ont été pratiquées au moment des vendanges.

Eraflage ou non éraflage (ou égrappage)? le bandol "traditionnel" était fait historiquement de vendanges non éraflées. Cette pratique était censée renforcer le caractère tannique des vins et leur aptitude au viellissement. En contrepartie, la rafle donnait, les années moyennes ou faibles, une acreté, une verdeur, un caractère astringeant aux vins, dans leur jeunesse notamment, qui a défavorablement "collé à la peau des vins" de Bandol. les analyses que l'on est capables de mener aujourd'hui montrent que la rafle n'apporte pas de tannins aux vins. (qui sont le fait, avant tout, des pépins de raisins) . Et pourtant, on constate au moins une coincidence : les Bandol issus de vendanges non égrappées (Chateau Pradeaux, domaine Ray-Jane) sont ceux qui viellissent le mieux; relation de cause à effet? Aujourd'hui, la plupart des viticulteurs égrappent entièrement à Bandol; certains, comme Lafran -Veyrolles, qui menaient le combat du non-égrappage, il y a 10ans ont basculé entièrement,pour la cuvée de base ou partiellement pour la cuvée spéciale. Les vins issus de vendanges non égrappées ont certes gagnés en finesse, mais les autres aussi : en effet, l'équipement technique du vigneron a progressé.

L'équipement du vigneron : la qualité du pressoir, Le contrôle des fermentations et des températures... Le mauvais "goût de rafle" a aujourd'hui disparu. Les tenants du non égrappage (cités plus haut) sont équipés aujourd'hui de pressoirs pneumatiques sophistiqués qui ne "torturent" pas la rafle. Les vins ne sont pas pour autant technologiques; ils sont plus naturels qu'avant ; mais la robotique, la maîtrise et le contrôle des températures permettent dans les propriétés bien équipées (ce qui est de plus en plus fréquent) une amélioration de la qualité du vin par une optimisation des processus de vinification. Mais le vigneron reste maître de ses choix sur l'équipement (type de pressoir, type de cuves de fermentation - carreaux, bois, inox -,. etc ) et sur le processus qu'il choisit.

La longueur des macérations, l'extraction recherchée, l'oxigènation lors de la vinification des facteur très important du "style" recherché du vin : c'est dans ce domaine qu'il y a presque autant de "secrets de fabrications" que de vignerons avec la mise en oeuvre des techniques en "...age" : pigeage, remontage, batonnage, soutirage... et j'en passe.

L'élevage du vin : boisé or not boisé?

Le décret de l'appellation postule simplement que le vin rouge de Bandol doit être élevé au moins 18 moins en fût de chêne. A partir de là diverses pratiques sont possibles : élévage traditionnel en foudre ou en demi muid, ou pratiques récentes d'élevage en barriques de type Bordelaise ou Bourguignonne.

La grande majorité des viticulteurs élève en foudres, avec une proportion importante de vieux foudres, le passage au bois étant destiné à assagir le vin, à le faire s'oxigéner et non à fournir des tannins qui ne sont pas nécessaires au Bandol.

Le passage en barriques récentes, pratiqués systématiquement par le nouveaux arrivants, tels Guillaume Tari le Bordelais du Chateau de la Bégude ou Luc Sorin le Bourguignon du domaine Sorin, est récent. Le caractère boisé de ces vins dans leur jeunesse masque quelque peu les arômes et saveurs traditionnels du Bandol, en particulier le caractère épicé du vin. Ces vins de qualité sacrifient dans leur jeunesse la typicité à la mode internationale du moment; on manque encore de recul pour apprécier le résultat du fondu de ce boisé dans le vin, lorsque celui ci aura vieilli quelques années.

Les stratégies d'assemblage et d'élaboration des cuvées. Les principales options sont :
* cuvées uniques ou cuvées multiples?
* Quelle proportion de mourvèdre dans les cuvées?

Sur une tendance de fond de ces dix dernières années, à la multiplication des cuvées, il n'y a pas aujourd'hui de situation prédominante. Des grands domaines continuent afficher une cuvée unique : Pibarnon, Vivonne, Terrebrune, Sorin, et aussi la plupart des producteurs de petite taille. Le domaine de la Tour du Bon revient à cette formule en 2000, abandonnant la fameuse cuvée "Saint Férreol".
D'autres domaines ont pris le parti de produire une "cuvée générique" et une ou plusieurs "cuvées spéciales", tel le domaine Tempier avec sa "cuvée spéciale" et ses cuvées de parcelles spécifiques "tourtine" et migoua" et aussi les caves coopératives. Lafran Veyrolles, Pradeaux ont basculé récemment dans ce système ainsi que le domaine de la Suffrene, arrivant récent en caves particulière avec sa cuvée "les lauves" qui s'est hissée au sommet de l'appellation.
Le problème des "fausses cuvées uniques" fait jaser dans le vignoble; ce qui est en cause : sortir sous la même étiquette des vins de qualité assez différente selon leur destination : concours et jury de dégustation, restauration, étranger,... La cible ouvertement visée par ces pratiques: Pibarnon ! mais on dit aussi ce ce n'est pas le seul.

Le renforcement de la part du mourvèdre dans les cuvées est une autre tendance de fond. Les cuvées dites spéciales contiennent une proportions plus forte de Mourvèdre (souvent pratiquement 100%) que les cuvées génériques, plus souples et abordables dans leur jeunesse. Certains viticulteurs se refusent à faire du 90 ou 100% Mourvèdre : c'est le cas en particulier du Domaine de Terrebrune qui se limite aux environs de 70%.

 

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